Mes lectures

Ma mémoire assassine, Kim Young-Ha

Un tueur à la mémoire trompeuse, un récit de l’oubli. 

 

 

Édition Picquier poche / pages : 151/ prix : 7,50 euros / Traductrice française : Mélanie Basnel 

 

Me revoilà après une courte visite littéraire du côté de la Corée ! Et quelle visite ! Rapide mais efficace. Kim Young-ha, auteur sud-coréen est une véritable découverte. Entre humour noir et cynisme ce petit roman en forme de journal intime est une petite pépite.

Peut-on faire confiance à notre mémoire ? Tel est le postulat de ce roman en forme de journal intime. Un journal pas comme les autres, ce n’est pas celui d’une jeune lycéenne transit d’amour ou l’étalement des  déboires d’une personne quelque peu perdus. Nous tombons nez à nez avec les pensées les plus intimes d’un ancien tueur en série. Et pas n’importe lequel, un tueur à la retraite. De premier abord, le récit surprend. Kim Beyoung-su est un vieillard de 70 ans vivant à l’écart dans une forêt de bambou. Pour seule compagnie sa fille qui semble prête à quitter le nid, et ceci n’est pas du tout du goût de notre cher tueur à l’humour piquant. Mais voilà le couperet tombe, sa mémoire s’obscurcit, ses souvenirs sont sur le point de s’envoler, il est atteint de la maladie d’Alzheimer. C’est une véritable peur qui s’installe alors, si ses souvenirs disparaissent que restera t’il de lui ? Un tueur jamais attrapé, une identité dissimulée, personne ne le saura jamais et pire encore bientôt lui-même l’aura oublié. Le journal devient son pense-mémoire, il y consigne tout de la plus anodine des occupations à la plus troublante. Et bientôt, Kim Beyoung-su le sait, un prédateur sévi sur son territoire et veut s’en prendre à sa fille. Une course contre la monte est lancé, tuer une dernière fois avant de sombrer dans la maladie. Mais pourquoi réellement pour sauver sa fille ou pour se sauver lui-même ?

Je ne savais pas trop ce qu’était la poésie, alors j’ai décrit franchement toutes les étapes de mes meurtres. Ma première composition s’appelait Le couteau et les os, je crois. Le conférencier m’a dit qu’il le trouvait original. D’après lui, mon poème, de par mon utilisation d’une langue très direct et très crue et mon imagination foisonnante dans le domaine de la mort, exprimait avec une grande perspicacité le caractère éphémère de la vie. Il a fait également plusieurs fois l’éloge de mes « métaphores ».

–  C’est quoi une métaphore ?

Le conférencier a souri – d’un sourire qui m’a déplu- et m’a expliqué le sens de ce mot. En fin de compte, une métaphore est une image. Ah je vois. Mon pauvre ami, je suis désolé, mais ce ne sont pas des métaphores.

Un journal clair, qui au fil des pages devient brumeux comme si le papier lui-même subissait l’étendue de la maladie. Les anecdotes deviennent saugrenues, voir improbables et pourtant jusqu’au bout on y croit. Ce tueur nous happe dans les méandres de sa mémoire en sursis. L’auteur a ficelé son roman d’une main de maître, un véritable rebondissement s’opère alors,  sans que l’on ne le voie venir. On se perd dans les divagations, dans cette chasse à l’homme et on se surprend à sourire. Le vieillard à le sens de l’à-propos et ça fait mouche. Un récit originale, qui met en avant dans le contenu et dans la forme une maladie qui fait des ravages chez les patients et dans l’entourage de celui-ci. Alzheimer est un tueur de mémoire qui joue avec sa proie comme le plus perfide des tueurs en série.


Mon avis : 

Je pense que vous vous en doutez,  j’ai complètement adhéré ! Court, mais juste ce qu’il faut. Je ne suis pour une fois pas déçu de la longueur du roman. On ne s’ennuie pas et on attend avec impatience ce dernier meurtre. Comment un homme âgé malade va t’il s’organiser pour tuer comme en son temps ? On est rebuté et charmé par ce vieillard, tueur, cynique, cultivé et poète. On assiste à la décadence de sa mémoire sans pouvoir l’arrêter et en constatant à quel point vue de l’intérieur cette maladie effraie. C’est assez déconcertant de suivre les pensées d’un tueur qui ne regrette rien qui analyse son passé comme on rendrait compte de ses états de service. Un petit roman fort bien amené, très bien construit et très originale.

Suis-je un démon, ou un surhomme ? Ou les deux à la fois ?

Amateur d’humour noir vous serez servis, amateur de roman policier vous serez ravie d’entrer dans la tête d’un tueur en phase terminale en quelque sorte !

Un habitant du village que je connaissais avait tendance à oublier tout ce qui s’était passé quand il avait trop bu. La mort est peut-être comme un verre d’alcool fort qu’on boit pour oublier cette banale beuverie qu’est la vie.

Mes salutations mémorables !

 

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2 commentaires sur “Ma mémoire assassine, Kim Young-Ha

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