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L’homme qui savait la langue des serpents, Andrus Krivirahk

L’âge d’or, le fameux, le sublime le connaissez-vous ? Union de la nature et de l’homme, nourriture en cascade et où la notion de travail est absente. C’est cette Eden mythique, que nous retrouvons en pleine dégénérescence dans  ce roman devenu un grand, une référence contemporaine en Estonie.

Andrus Krivirahk signe en 2007, un roman qui tardera à se faire traduire en Français. Mais en 2013, il est là dans nos librairies, ornant fièrement les rayons, nous sifflant à l’oreille de venir près de lui, de le sortir délicatement et de l’emporter pour le savourer. Et d’ailleurs la presse l’accueil à bras ouvert. Non sans raison car en 2014, il est décoré du Grand prix de l’Imaginaire dans la catégorie roman étranger.

Ce roman c’est le récit mythique d’un jeune homme né dans une période-charnière. Leemet est notre guide dans cet univers fantastique sur fond de Moyen-âge chevaleresque. On, le rencontre jeune et au fil des pages nous le voyons grandir, évolué dans une Estonie en proie au changement. Une page se tourne, les estoniens colonisés par les Allemands, se laissent séduire par la civilisation, délaissent mère-nature et sa forêt pour embrasser la foi chrétienne, le pain et le travail agricole. Leemet, lui, est l’un des derniers habitants de la forêt, curieux d’une vie villageoise, il se laisse à plusieurs reprises tenté. C’est entre ces deux mondes, l’un ancien tombant peu à peu dans l’oubli et un nouveau, jeune et en construction que Leemet va apprendre la langue des serpents. Ces sifflements, lui apportent connaissance, force et fierté. Aventureux, ce jeune enfant bientôt devenu jeune homme nous balade dans la forêt et nous  présente serpent royales, andropipèdes  élevant des poux, des ours lubriques attirés par les femmes, un sage de la forêt devenu fou, un grand-père cul-de-jatte  se fabriquant sur une île, des ailes d’os, des villageoise folles des chevaliers envahisseurs et des jeunes paysans rêvant partager la couche d’un évêque. Un récit riche en traditions scandinaves, en légende folklorique, qui nous emporte littéralement vers une violence inouïe presque inévitable.

Leemet est un héros qui ne peut s’accomplir. Un monde nouveau qui rejette ces facultés, un monde voué à disparaître qui tente de lutter en vain en plongeant dans une tradition radicalisée et dangereuse, poussant  les personnages à la folie meurtrière. Un monde en auto-destruction. Leemet comprend  vite qu’il sera le « dernier », toujours le dernier. Le roman initiatique tourne au récit de solitude. Dans cet entre-deux où il se retrouve malgré lui, il constate que sa race s’éteint, il observe avec amertume et résignation la fin du monde, son monde. Ce récit satirique, ironique, violent, drôle, pamphlétaire, met en avant les questions comme l’identité, les conséquences d’une colonisation,  les croyances, les traditions. Poussant toujours le lecteur, le défiant presque de sourire, à hausser les sourcils de surprise. Un roman riche qui ne manque pas de panache, et on ne demanderait presque qu’une chose pouvoir, voir de nos yeux cette fameuse Salamandre.


Mon avis : 

Subjugué ? Oui, je le suis. Cette lecture m’a marqué à bien des égards ! J’ai aimé, j’ai trouvé ce roman profondément intelligent, riche de vérité et de sens. Une dégénérescence annoncée dés le début qui nous laisse perplexes et qui ensuite nous attriste. Le monde de Leemet semble si vaste, facile, libre. Des scènes merveilleuses, des monstres mythiques connus que nous retrouvons, des croyances qui amènent  à la réflexion. Une fresque estonienne magique, envoûtante. Une violence fascinante. Une solitude qui nous touche. Cette vision de l’entre deux monde, entre un monde en construction et l’un en perdition, m’a beaucoup plus. Ce fond historique est aussi très bien construit et cet humour satirique.. à croquer. Des situations cocasses, ces conversations surréalistes ! J’en souris encore ! Ce roman est le lieu où l’imagination et la pédagogie s’harmonisent.

Alors Jetez-vous dessus !

Mes sincères salutations habituelles !

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2 commentaires sur “L’homme qui savait la langue des serpents, Andrus Krivirahk

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